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2022 Retour sur trois semaines à Santa Cruz

Retour sur trois semaines à Santa Cruz

Chers amis de Niño Feliz,

Au terme d'un séjour caniculaire (40 degrés...) de plus de trois semaines à Santa Cruz, j'ai retrouvé ma Belgique natale plongée dans le froid de l'hiver. Le contraste est pour le moins sévère!

Voilà plus de trente ans que je voyage régulièrement en Bolivie, et pourtant l'adaptation d'un continent à l'autre est toujours un peu difficile. Un voyage fatigant de 18 heures vers Santa Cruz, un climat différent, une autre culture, d'autres coutumes, d'autres visages, mais surtout un niveau de pauvreté extrême, révoltant. La brusque confrontation avec une réalité aussi différente n'est pas aisée. Le corps, le cœur, la tête ne réagissent pas toujours en harmonie face à ces changements brutaux. Un délai d'adaptation est inévitable.

On ne peut aussi manquer de constater la méconnaissance réciproque de ces deux mondes. En Belgique, on ne parle pas ou peu de la Bolivie, et vice versa. Chacun vit dans sa bulle et malgré la mondialisation, malgré les facilités de communication, les problèmes de « l’autre » restent totalement méconnus. C'est pourquoi, je suis heureuse de pouvoir être la messagère entre ces deux pays, ces deux peuples.

Video séjour Bolivia Niño Feliz


La situation en Bolivie

C'est dans un contexte général troublé que je suis arrivée en Bolivie début novembre. Je retrouve la ville de Santa Cruz paralysée par un mouvement de grève générale et de blocage des routes. Le but : forcer l'application de la loi de recensement populaire que le gouvernement voulait postposer pour des raisons électorales. Si mon transfert depuis l'aéroport fut particulièrement long et compliqué, la situation s'avérait autrement plus dramatique pour la population.

Après les grèves qui ont suivi les élections présidentielles de 2019, après la pandémie, la voilà à nouveau confrontée à une situation aux conséquences tragiques pour les plus pauvres : pas de travail, pas d'argent, pas de soins médicaux. La FAIM et la MALADIE sévissent à nouveau! L'accès aux soins pour les enfants malades ou accidentés est donc gravement compromis.

Ce fut par exemple le cas d'une famille dont la maman a été contrainte d'accoucher chez elle de jumeaux, sans aucune aide si ce n'est celle de son mari. Celui-ci n'a eu d'autre solution que de couper les cordons avec des ciseaux de ménage, non désinfectés. J'ai été glacée d'effroi en voyant les conditions inimaginables d'hygiène dans lesquelles cette maman a dû accoucher. Heureusement, les bébés ont finalement pu in extremis être hospitalisés et sauvés. Mais ce cas est loin d'être isolé.

J'ai aussi été impressionnée par la situation de cet homme qui vend des cartes téléphoniques grâce au capital de travail mis à sa disposition par Niño Feliz. Papa de 5 enfants, il est paralysé des deux jambes et ne peut se déplacer qu'en chaise roulante avec l'aide de ses enfants. Je l'ai rencontré alors que, installé au coin d'une rue et abrité du soleil brûlant par un parasol fixé à sa chaise, il attendait vainement un acheteur potentiel. Et pourtant, ses yeux rayonnaient et il avait l'air heureux...

Ces exemples illustrent les difficultés auxquelles tant de familles sont confrontées. Solidaires dans leur revendications politiques, beaucoup ont cependant fini par devoir abandonner le combat par nécessité économique, pour donner à manger à leurs enfants.

Le mouvement de grève a pris fin trois jours avant mon départ. Trois jours exclusivement consacrés aux visites des familles, malgré une température de 40 degrés. Trois jours à leur écoute, à entendre ce que sont leurs problèmes, leurs besoins, mais aussi leurs désirs, leurs rêves. Ces visites, ce sont toujours des moments intenses, de grande émotion que je voudrais tant pouvoir vous faire partager.

Face à la misère de ces familles, je retiens difficilement mes larmes et la colère m'envahit devant tant d'injustice sociale. L'inquiétude aussi, en raison des répercussions que la crise économique peut avoir sur les dons. Et pourtant, il reste tant de travail, tant de familles à secourir, tant d'enfants et de jeunes à aider à s'épanouir.

Ce n'est que grâce à votre aide que nous pouvons poursuivre ce travail au sein de notre Fondation à Santa Cruz. Durant mon séjour, résidant non loin de la Fondation, j'ai pu m'y rendre sans difficulté malgré les barrages. J'ai donc pu organiser les réunions d’évaluation avec les différents responsables et j'ai pu assister aux réunions du conseil d’administration et de l’assemblée générale.

Le travail réalisé par notre équipe (plus de 50 personnes) pour aider les familles à se nourrir, se soigner et se former est fantastique! J'ai pu le constater une nouvelle fois. Les résultats que nous avons atteints depuis plus de trente ans sont vraiment impressionnants. J’ai eu le plaisir de leur montrer les films et photos de notre évènement « Viva Bolivia » du 9 octobre à Bruges; je leur ai montré comment Niño Feliz a été mis à l'honneur et fêté avec les couleurs de la Bolivie. Ils ont pu ressentir la force du lien qui unit nos deux pays. Et je leur ai répété ce que j'ai dit le 9 octobre : non, la Belgique n’abandonnera pas Niño Feliz !

Mais pour cela, j’ai besoin de vous !

Je ne peux compter que sur vous pour continuer notre mission. Notre fondation a tout ce qu’il faut pour aider à la survie et au développement des familles déshéritées. Si les moyens financiers sont au rendez-vous, nous sommes et serons là pour le reste!

Marie-Christine Viaene
Présidente Niño Feliz Belgium